Portage salarial ou production : quelle différence ?
« Il me faut juste une structure pour faire mes cachets » : portage ou vraie production ? Qui décide, qui assume, et les risques pour l’artiste.
7 min de lecture →« Pendant qu’on cherche comment ramener les gens vers le spectacle vivant, certaines formes continuent simplement à faire le chemin inverse. »
Il y a quelque chose de paradoxalement très moderne dans le cirque itinérant. Celui des paillettes, des chapiteaux et des convois de camions qui débarquent en ville et bloquent un rond-point un mardi matin.
Pendant qu’une partie du spectacle vivant et de l’événementiel s’interroge sur « la reconquête des publics », « le renouvellement des pratiques » et, les bons jours, « la question du sens », le cirque continue d’appliquer une stratégie assez basique : aller là où sont les gens.
Et dans le cas d’Arlette Gruss, on ne parle pas vraiment d’artisanat. C’est une grosse machine de production : une tournée nationale, un chapiteau monumental, une logistique lourde, des dizaines de personnes, des convois, de la technique, de la billetterie, de la communication. Bref, une véritable entreprise de spectacle qui déplace son outil de production avec elle.
Pas de plan de médiation en trois axes pour expliquer comment aller à la rencontre des habitants. La machine arrive. Elle s’installe au cœur de la ville. En quelques jours, un lieu de spectacle complet apparaît là où il n’y en avait pas. Et quelques semaines plus tard, tout aura disparu.
À côté, le théâtre est devenu une institution. Il a des murs, des fauteuils, un parking souterrain mal fléché et un public fidèle — parfois si fidèle qu’il vieillit tranquillement avec lui, abonnement après abonnement. On construit un lieu culturel, et ensuite on dépense beaucoup d’énergie pour convaincre les gens d’y entrer.
Le cirque fait presque l’inverse. Il vient se planter, mâts et haubans compris, au milieu de leur quotidien.
Impossible de ne pas le voir. Même celui qui n’achètera jamais une place sait que le cirque est arrivé. Pendant quelques semaines, il fait physiquement partie de la ville.
C’est là que le paradoxe devient intéressant. Sous les attributs d’une forme que l’on pourrait croire un peu désuète — le chapiteau, le clown, la barbe à papa, le trapèze et tout l’imaginaire qui va avec — se trouve un modèle de production et de diffusion finalement très contemporain : mobile, visible, événementiel et temporaire.
Autrement dit :
Le cirque pratique depuis toujours une bonne partie de ce que le secteur culturel cherche aujourd’hui à réinventer sous le nom de « hors-les-murs ».
Évidemment, le modèle n’est pas transposable tel quel, et le cirque connaît ses propres difficultés. Mais voir une machine de production de cette taille s’installer en pleine ville rappelle quelque chose d’assez élémentaire : pendant qu’on cherche comment ramener les gens vers le spectacle vivant, certaines formes continuent simplement à faire le chemin inverse.
Une idée étonnamment moderne, que le cirque applique depuis qu’il a des roues.
Point de vue : ce texte exprime l’opinion personnelle de son auteur.
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