Pourquoi « je m’occupe moi-même de l’administratif » n’est pas toujours gratuit ?
Faire soi-même son administratif ne coûte rien ? Temps, coût d’opportunité, risque d’erreur : le vrai prix de l’administration d’un projet.
4 min de lecture →« Bonne nouvelle : la tournée est rentable ! »
Formidable.
Petit détail : il n’y a plus assez d’argent sur le compte pour payer les salaires vendredi.
Bienvenue dans l’une des grandes bizarreries de la gestion : un projet peut être rentable… et manquer totalement de trésorerie.
Ce n’est pas contradictoire. Rentabilité et trésorerie ne répondent simplement pas à la même question.
Prenons une petite tournée.
Elle génère :
30 000 € de recettes
et coûte :
25 000 €.
Sur le papier, tout va bien :
30 000 – 25 000 = 5 000 €
Le projet dégage donc un résultat positif de 5 000 €.
Champagne ?
Attendez peut-être quelques semaines.
Les artistes et techniciens travaillent en septembre.
Les salaires doivent être payés.
Les hôtels débitent la carte.
Le transporteur envoie sa facture.
Les cotisations sociales arrivent.
Bref, les dépenses, elles, sont très ponctuelles : elles savent parfaitement trouver votre compte bancaire.
Mais le théâtre qui a acheté le spectacle paiera peut-être sa facture en octobre.
Un autre en novembre.
Et une subvention prévue au budget n’arrivera qu’en décembre.
Le projet reste rentable.
Seulement, l’argent nécessaire pour le financer n’est pas encore arrivé.
Imaginons qu’au 1er septembre le projet dispose de :
5 000 € en banque.
Pendant le mois, il faut payer :
12 000 € de salaires et cotisations
5 000 € de transport et d’hébergement
Soit :
17 000 € à sortir.
Les représentations vont rapporter 22 000 €.
Excellente nouvelle !
Sauf que les diffuseurs paieront leurs factures… le mois suivant.
À la fin septembre, notre projet peut donc être économiquement bénéficiaire et néanmoins devoir trouver :
12 000 € de trésorerie.
C’est ce qu’on appelle le besoin en fonds de roulement.
Et il peut faire très mal.
C’est une confusion très fréquente.
Le résultat demande :
« Est-ce que mes recettes sont supérieures à mes dépenses ? »
La trésorerie demande :
« Est-ce que j’ai suffisamment d’argent aujourd’hui pour payer ce qui doit l’être aujourd’hui ? »
Vous pouvez répondre oui à la première question et non à la seconde.
Et malheureusement, votre salarié acceptera difficilement :
« Ne t’inquiète pas, comptablement le projet est très rentable. »
Il préférera généralement son salaire.
Un budget prévisionnel peut annoncer :
Subvention : 20 000 €
Parfait.
Mais entre :
subvention accordée
et
subvention versée,
il peut s’écouler un certain temps.
Même chose avec certaines aides, coproductions ou crédits d’impôt.
Dans votre budget, la recette existe.
Sur votre compte bancaire, elle peut encore être parfaitement invisible.
Et pendant ce temps, la production doit avancer les dépenses.
C’est le paradoxe.
Une compagnie réalise 30 000 € d’activité et possède 10 000 € de trésorerie.
Elle est plutôt confortable.
Puis elle décroche une tournée formidable et passe à 150 000 € d’activité.
Bonne nouvelle ?
Oui.
Mais elle doit maintenant avancer beaucoup plus de salaires, de transports, d’hôtels et de frais de production.
La croissance peut donc augmenter le besoin de trésorerie.
On peut même rencontrer cette situation étrange :
plus le carnet de commandes se remplit, plus le compte bancaire se vide.
Voilà pourquoi demander un acompte à la signature d’un contrat peut être très utile.
Imaginons une cession de :
10 000 €
avec :
30 % d’acompte à la signature.
La production reçoit 3 000 € avant la représentation.
Cet argent peut contribuer à financer les dépenses nécessaires pour préparer la date.
L’acompte n’augmente pas la rentabilité du spectacle.
Il change simplement le moment où l’argent arrive.
Et parfois, cela change tout.
Un budget vous dit si votre projet semble économiquement viable.
Un prévisionnel de trésorerie vous dit s’il pourra survivre jusqu’à la fin.
Le principe est simple : mois par mois, on regarde :
ce qui va réellement entrer
moins
ce qui va réellement sortir.
Pas quand la recette est promise.
Pas quand la facture est émise.
Quand l’argent devrait réellement arriver ou partir.
On voit alors apparaître les périodes où le compte risque de passer dans le rouge.
Et mieux vaut les découvrir trois mois avant que trois jours avant.
Un projet rentable répond à la question :
« Est-ce que je gagne plus que je ne dépense ? »
Un projet disposant d’une trésorerie suffisante répond à une autre question :
« Est-ce que je peux payer mes dépenses lorsqu’elles arrivent ? »
Et les deux réponses ne sont pas toujours les mêmes.
La rentabilité vous dit si le projet est économiquement intéressant. La trésorerie vous dit s’il peut rester vivant assez longtemps pour le devenir.
Alors, quand votre budget prévisionnel affiche fièrement + 10 000 €, ne refermez pas tout de suite Excel.
Regardez aussi quand arrivent les 10 000 €.
C’est souvent là que commence la véritable histoire.
Ce focus présente des principes généraux à date de rédaction. Chaque situation mérite d’être vérifiée au regard des textes applicables et, si besoin, avec un professionnel.
Contrats, paie, budget, diffusion, structuration : si ce focus soulève des questions sur votre propre projet, parlez-en à des professionnels.