Peut-on facturer sa propre prestation artistique ?
Micro-entreprise, SIRET, facture : un artiste peut-il facturer son propre concert ? Présomption de salariat, exceptions et bon réflexe.
4 min de lecture →« Je me suis blessé pendant le montage, mais je n’avais pas encore signé mon contrat. Ce n’est donc pas un accident du travail ? »
Pas si vite !
Dans le spectacle, il arrive que l’administratif soit légèrement moins rapide que les artistes et les techniciens.
La répétition commence à 10 h.
Le contrat devait être envoyé hier.
La DPAE devait être faite.
Et à 10 h 30 : chute, entorse, direction les urgences.
Une question arrive alors très vite :
« Mais puisqu’il n’y avait pas de contrat signé, est-ce que j’étais vraiment salarié ? »
L’absence de papier ne fait pas automatiquement disparaître la réalité du travail.
Un contrat écrit est évidemment essentiel, et certains contrats doivent obligatoirement l’être.
Mais il faut distinguer :
l’existence de la relation de travail
et
le document qui devait la formaliser.
Si une personne est réellement venue travailler pour un employeur, dans les conditions caractérisant une relation salariée, l’employeur ne peut pas simplement répondre après l’accident :
« Ah, mais vous n’aviez rien signé ! »
Ce serait un peu facile.
Les artistes du spectacle bénéficient d’une protection particulière.
Lorsqu’une personne s’assure, contre rémunération, le concours d’un artiste pour une production, le Code du travail présume l’existence d’un contrat de travail, sous réserve des exceptions prévues par la loi.
Autrement dit, pour un musicien, un comédien ou un danseur engagé pour participer à un spectacle, l’absence de signature ne suffit pas à faire disparaître la relation salariale.
Le droit regarde aussi ce qui s’est réellement passé.
Une comédienne est convoquée à une répétition lundi à 10 h.
Le montant de son salaire a été convenu par mail.
Elle arrive au théâtre, rejoint le metteur en scène et les autres artistes et commence la répétition.
À 11 h, elle chute sur le plateau et se fracture le poignet.
Son contrat devait être signé dans l’après-midi.
Le fait qu’il ne le soit pas encore ne permet pas simplement de conclure :
« Pas de contrat = pas de salariée = pas d’accident du travail. »
Il faudra regarder la réalité de la relation : pourquoi était-elle là, qui l’avait engagée, dans quel cadre et pour quel travail ?
Le raisonnement existe également, mais sans la présomption de salariat spécifique aux artistes.
Un technicien lumière convoqué pour travailler sur un montage et placé dans une véritable relation de travail ne devient pas mystérieusement bénévole parce que son contrat est resté dans la boîte mail de l’administrateur.
L’existence de la relation de travail doit être appréciée à partir de la situation réelle.
Un accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail peut relever de la législation sur les accidents du travail.
La question essentielle devient donc :
« La personne était-elle en train de travailler dans le cadre d’une relation salariée lorsque l’accident s’est produit ? »
et pas simplement :
« Avait-elle un PDF signé dans son téléphone ? »
La nuance est importante.
Il ne faudrait surtout pas en déduire :
« Parfait ! On peut donc faire les contrats après les représentations. »
Certainement pas.
Dans le spectacle, les CDD d’usage doivent être correctement formalisés et les formalités liées à l’embauche doivent être réalisées dans les délais applicables.
L’absence de contrat écrit ou de déclaration préalable peut donc créer de sérieux problèmes pour l’employeur.
Mais ses propres manquements administratifs ne lui permettent pas nécessairement de nier ensuite l’existence du travail accompli.
Premier réflexe : ne pas essayer de réparer l’administratif avant de s’occuper de la personne.
On prend en charge l’accident.
Puis on documente immédiatement les circonstances :
qui travaillait ?
où ?
à quelle heure ?
sur quelle production ?
que s’est-il passé ?
y avait-il des témoins ?
L’employeur doit ensuite accomplir les démarches relatives à l’accident du travail dans les délais applicables.
Et si la relation d’emploi ou les circonstances sont contestées, les éléments disponibles — mails, planning, messages, feuilles de service, témoignages, rémunération convenue — pourront devenir particulièrement importants.
Après un accident, découvrir qu’un contrat manque est stressant.
Mais la pire réaction serait probablement :
« Il n’avait pas signé, donc on va dire qu’il ne travaillait pas pour nous. »
Un problème administratif risquerait alors de devenir un problème beaucoup plus sérieux.
La bonne attitude consiste au contraire à décrire fidèlement la réalité et à régulariser ce qui doit l’être.
Pas de contrat signé ne signifie pas automatiquement pas de contrat de travail.
Et :
pas de contrat écrit ne signifie pas automatiquement pas d’accident du travail.
Ce sont les circonstances réelles de l’activité et de l’accident qui comptent.
Dans le spectacle, les artistes bénéficient en plus d’une présomption légale de salariat lorsqu’ils sont engagés contre rémunération pour participer à une production.
Alors évidemment, le meilleur scénario reste :
contrat établi + formalités d’embauche réalisées + salarié au travail.
Mais si l’accident arrive avant que l’administration ait terminé sa partition, une règle essentielle demeure :
Un contrat oublié est un problème administratif. Ce n’est pas une machine à remonter le temps permettant de prétendre que le salarié n’était jamais venu travailler.
Ce focus présente des principes généraux à date de rédaction. Chaque situation mérite d’être vérifiée au regard des textes applicables et, si besoin, avec un professionnel.
Contrats, paie, budget, diffusion, structuration : si ce focus soulève des questions sur votre propre projet, parlez-en à des professionnels.